July 6
juillet 13:45–15:45
Salle MC
Modérateur:
Jean Proulx
, Université de Montréal
Firestone
et coll. (1998) ont comparé des pédophiles meurtriers et des pédophiles non-meurtriers.
Les deux groupes se révèlent très semblables sur l’âge, le Q.I.,
l’histoire familiale et la plupart des tests psychologiques. En revanche, les
pédophiles qui ont tué ont commis plus de crimes violents dans le passé et
ont des scores de psychopathie plus élevés que les pédophiles non-meurtriers.
De plus, leurs préférences sexuelles vont plus nettement dans le sens de la
violence envers les enfants. Malheureusement, aucune étude de ce type ne fut réalisée
avec des agresseurs sexuels de femmes. En conséquence, l’objectif principal
de ce programme de recherche est de comparer des agresseurs sexuels de femmes à
des meurtriers sexuels et ce, afin de tenter de comprendre la logique interne du
délit qui favorise son aggravation. Les facteurs explicatifs privilégiés sont
de trois ordres: (1) les facteurs développementaux; (2) les facteurs
psychologiques et (3) les facteurs situationnels. Au cours de cette étude, 246
agresseurs sexuels de femmes et 43 meurtriers sexuels de femmes furent évalués.
Les sujets furent évalués par les membres d’une équipe multidisciplinaire
composée de criminologues, de sexologues, de psychologues, de conseillers en
formation professionnelle et d’agents correctionnels. Chacun des sujets a été
soumis à une batterie d’instruments psychométriques (ex. MCMI, MMPI). De
plus, au cours d’entretiens semi-structurés, des données relatives au développement
du sujet et au modus operandi de ces crimes furent aussi colligées.
L’ensemble de ces données furent à la base des diverses études qui
constituent notre programme de recherche sur les processus d’aggravation du
viol au meurtre sexuel.
Selon
plusieurs auteurs (Ressler, 1986-1988, Marshall et Barbaree, 1990, Hall et
Hirschman, 1991, Malamuth et coll. 1993, Le Blanc, 1986, Loeber et LeBlanc,
1990, Blumstein et al., 1986-1988, etc.), le développement personnel d’un
individu est relié aux premiers balbutiements de la délinquance en bas âge et
de la délinquance juvénile, celles-là mêmes qui mèneront plus tard à une délinquance
adulte.
Le modèle
présenté dans le cadre de la présente étude stipule que le profil développemental
est un élément prédicteur des caractéristiques de la trajectoire criminelle
et que le meurtre sexuel représente une étape dans la chaîne de progression
de l’agir criminel sexuel coercitif.
L’analyse
des résultats a permis de regrouper les sujets de l’échantillon selon trois
profils développementaux distincts. De ces profils, on observe une gradation en
ce qui a trait à la «perturbation» du développement personnel parmi l’échantillon
d’agresseurs sexuels (de femmes adultes (n-178) et de meurtriers sexuels de
femmes adultes (n-42)). Les résultats ont permis de démontrer que le profil développemental
personnel est un indicateur d’une progression dans la gravité du passage à
l’acte sexuel coercitif et serait donc un élément séquence temporelle du
premier au dernier délit. En effet, le profil de développement le plus
affligeant est associé principalement aux meurtriers sexuels alors que le
profil développemental le moins problématique est associé aux violeurs.
Le viol
est un des crimes les plus réprouvés par l’opinion (Ouimet, Guay et Proulx,
2000), mais il suscite aussi une certaine curiosité si on en juge la nombreuse
presse qui relate ce type de crime. Certains viols ont une issue fatale pour la
victime car ils se terminent en homicides sexuels. Comment un agresseur
arrive-t-il à cette extrémité? Quelle était son idée première ? Le meurtre
était-il d’emblée envisagé? Un meurtre sexuel est-il le résultat d’un
violeur qui tue ou d’un tueur qui viole? Voici plusieurs questions auxquelles
nous allons essayer de répondre au cours de cette présentation.
Notre
objectif principal est donc de saisir ce qui amène un agresseur à tuer sa
victime. Notre étude a la particularité de mettre l’accent sur la situation.
Cette approche s’inspire des travaux de Felson et Steadman (1983) et de Cusson
(1998a et 1998b). Afin de poursuivre une approche situationnelle, nous avons été
amenés à contextualiser l’homicide sexuel et à le rendre intelligible. Car
si l’homicide sexuel paraît absurde de par son extrême gravité, cette
absurdité n’implique nullement que nous ne puissions le rendre intelligible.
De quelle façon pouvons-nous le rendre intelligible? Est-ce qu’il y a quelque
chose dans la situation même du crime qui a poussé l’agresseur à tuer sa
victime? L’agresseur s’adapte-t-il aux différentes circonstances du crime
et aux comportements de sa victime? Expliquer l’homicide sexuel, le rendre
compréhensible, c’est aussi considérer le déroulement du crime comme le
fruit d’une dynamique, d’un affrontement entre deux volontés opposées (celle
de l’agresseur et celle de la victime). Un phénomène d’escalade est peut-être
déclenché au cours du crime. L’agresseur est pris dans une situation, il ne
voit plus comment s’en sortir, la seule issue peut être de tuer sa victime.
Ainsi, nous nous sommes intéressés à des variables intentionnelles (liées à
l’agresseur) et situationnelles (liées au contexte de l’agression) pour
expliquer le processus d’aggravation du viol au meurtre sexuel. Des analyses
bivariées, nous retenons qu’une agression sexuelle est plus favorable à une
aggravation pouvant aller jusqu’au meurtre si elle comprend une des caractéristiques
suivantes : un agresseur en colère (avant et pendant le crime), avec des
sentiments de vengeance, non excité sexuellement (pendant le crime), qui a
consommé de l’alcool ou de la drogue, qui humilie physiquement ou verbalement
sa victime, un agresseur et une victime qui n’ont pas de lien familial ou
intime, une victime qui résiste verbalement et physiquement, l’utilisation
d’une arme blanche ou d’objet contondant, un crime d’une durée de plus
d’une heure. Les analyses multivariées soulignent plus particulièrement que
la consommation de l’alcool, l’absence de lien familial ou intime et
l’utilisation d’objet contondant sont responsables du processus
d’aggravation du viol au meurtre sexuel (issue et niveau de gravité de
l’agression).
Les résultats
de plusieurs études concernant la personnalité des agresseurs sexuels de
femmes indiquent l’existence d’une hétérogénéité dans les profils
qu’ils présentent (Proulx, St-Yves, Guay et Ouimet, 1999). De plus, ces
agresseurs sexuels se distinguent les uns des autres en fonction du niveau de
violence physique utilisé lors du délit (Kalichman, 1990, Panton, 1978). Ainsi,
le but de la présente étude est de comparer des agresseurs sexuels de femmes
et des meurtriers sexuels de femmes quant à leur profil de personnalité. Les
meurtriers sexuels présentent un profil de personnalité caractérisé par des
traits propres à l’état limite alors que les agresseurs sexuels présentent
des traits de personnalité antisociale. Ces résultats concordent avec ceux
obtenus par Proulx et al. (1999) et qui indiquent que les agresseurs sexuels présentant
un trouble de la personnalité état-limite ont recours à une violence
expressive. Le scénario délictuel propre à ce type d’agresseur est non
planifié, découle d’une rage intense contre les femmes et est associé à un
état de désinhibition découlant de la consommation de substances
psychoactives.
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